Salve, Regina, Mater misericordiae, vita, dulcedo, et spes nostra, salve. ad te clamamus exsules filii Evae, ad te suspiramus, gementes et flentes in hac lacrimarum valle.
Eia, ergo, advocata nostra, illos tuos misericordes oculos ad nos converte; et Iesum, benedictum fructum ventris tui, nobis post hoc exsilium ostende. O clemens, O pia, O dulcis Virgo Maria.
Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, la vie et la douceur, notre espérance, salut. à vous, nous banni enfants d’Eve, à toi nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes. Hourra, par conséquent, notre avocate, tournez à ceux de votre yeux de miséricorde envers nous; et Jésus, le fruit béni de ton sein, nous après cet exil. Ô clémente, ô miséricordieuse, ô douce Vierge Marie.
‘La passacaille de la vie’, attribuée à Stefano Landi, est un tube absolu de la musique italienne du début du baroque, dont on appréciera l’actualité brûlante en ces temps de Covid-19 (en particulier la référence à la quinine). Le ténor Marco Beasley, accompagné de Christina Pluhar et son ensemble L’Arpeggiata, en ont laissé une interprétation mémorable il y a une dizaine d’années. La musique à la fois dansante et très touchante contraste avec la gravité des paroles, un simple ‘Memento mori’. La sensualité joyeuse et envoûtante de cette musique est un véritable baume…
O come t’inga Tu te trompes
se pensi che gl’anni en pensant que les années
non hann’da finire, ne vont jamais finir.
bisogna morire. Il faut bien mourir.
E’ un sogno la vita La vie est un songe.
che par si gradita, Elle semble si douce,
è breve il gioire, mais la joie est courte,
bisogna morire. il faut bien mourir.
Non val medicina, A rien ne sert la médecine,
non giova la China Inutile est la quinine
non si può guarire, l’on ne peut pas guérir.
bisogna morire. Il faut bien mourir.
Non vaglion sberate Rien ne valent les jérémiades,
minarie, bravate les menaces, les bravades,
che caglia l’ardire, que le courage sait bien bâtir.
bisogna morire. Il faut bien mourir.
Dottrina che giova, Aucune bonne science,
parola non trova ne trouve les paroles
che plachi l’ardire pour calmer le désir.
bisogna morire Il faut bien mourir.
Non si trova modo Il n’y a pas d’astuce
di scoglier `sto nodo, pour défaire ce nœud,
non vai il fuggire, à rien ne sert de fuir,
bisogna morire. il faut bien mourir.
Commun’è il statuto, C’est ainsi pour tout le monde.
non vale l’astuto Le malin ne sait pas
’sto colpo schermire, éviter ce coup bas.
bisogna morire. Il faut bien mourir.
Si more cantando, L’on meurt en chantant,
si more sonando l’on meurt en jouant
la Cetra, o Sampogna, la Cithare, ou la Musette.
morire bisogna. Mourir, il le faut.
Si more danzando, On meurt en dansant,
bevendo, mangiando ; en buvant, en mangeant.
con quella carogna Avec cette charogne,
morire bisogna mourir, il le faut.
La Morte crudele La Mort cruelle
a tutti è infedele, n’est fidèle à personne,
ogni uno svergogna, et fait honte à tous.
morire bisogna. Mourir, il le faut.
E’ pur ò pazzia Pourtant, o délire,
o gran frenesia, o grande folie,
par dirsi menzogna, on croirait mentir.
morire bisogna. Mourir, il le faut.
I Giovani, i Putti Jeunes, enfants,
e gl’Huomini tutti et tous les hommes
s’hann’a incenerire, en cendres doivent finir.
bisogna morire. Il faut bien mourir.
I sani, gl’infermi, Les sains, les malades,
i bravi, gl’inermi, les courageux, les doux,
tutt’hann’a finire ils doivent tous finir.
bisogna morire. Il faut bien mourir.
E quando che meno Et lorsque tu
ti pensi, nel seno n’y penses pas, dans ton sein,
ti vien a finire, tout se termine.
bisogna morire. Il faut bien mourir.
Se tu non vi pensi Si tu n’y songes pas,
hai persi li sensi, tu as perdu ta raison,
sei morto e puoi dire: tu es mort et tu peux dire :
bisogna morire. il faut bien mourir.
Le contexte sanitaire et sécuritaire de la France est déplorable… et avec le nouveau confinement, les annulations de concerts reprennent. Mais les compositeurs du passé savaient accéder au sublime avec un matériau triste, comme ce chœur déploratoire à la fin de l’oratorio Jephté de Carissimi (1649), ‘Plorate filii Israël’, qui impressionna fortement le jeune Haendel lors de son voyage à Rome…
Au milieu d’une vie remplie de vicissitudes (guerre, deuil, épidémie, crise économique,…), Heinrich Schutz compose en 1648 un chef-d’œuvre d’art choral exprimant sa foi inébranlable : « Die Himmel erzählen die Ehre Gottes » (le ciel proclame la gloire de Dieu), porté ici à l’incandescence par la Rolls des choeurs anglais, le Monteverdi Choir sous l’emprise de John Eliot Gardiner. On cherche en vain les artistes contemporains capables de sublimer notre période troublée…
Une interprétation toute en finesse de Marc Mauillon…
Quant je sui mis au retour
De veoir ma dame,
Il n'est peinne ne dolour
Que j'aie, par m'ame.
Diex! c'est drois que je l'aim, sans blame,
De loial amour.
Sa biauté, sa grant douçour
D'amoureuse flame,
Par souvenir, nuit et jour
M'esprent et enflame.
Diex! c'est drois que je l'aim, sans blasme,
De loial amour.
Et quant sa haute valour
Mon fin cuer entame,
Servir la vueil sans folour
Penser ne diffame.
Diex! c'est drois que je l'aim, sans blame,
De loial amour.
Traduction :
When I return
from seeing my lady,
upon my soul,
I haven't a care in the world.
Dear God, how I love her,
with a pure and faithful love.
The memory of her gentle beauty
makes me glow,
night and day,
with the flame of love.
Dear God, how I love her,
with a pure and faithful love.
The very thought of her sweet perfection
so melts my tender heart
that my one wish is to serve her
constantly and selflessly.
Dear God, how I love her,
with a pure and faithful love.
Quand je reviens
de voir ma dame,
sur mon âme,
Je n'ai pas un souci dans le monde.
Cher Dieu, comme je l'aime,
d'un amour pur et fidèle.
Le souvenir de sa douce beauté
me fait briller,
nuit et jour,
avec la flamme de l'amour.
Cher Dieu, comme je l'aime,
d'un amour pur et fidèle.
La seule pensée de sa douce perfection
Alors fait fondre mon coeur tendre
que mon seul souhait est de la servir
constamment et de manière désintéressée.
Cher Dieu, comme je l'aime,
d'un amour pur et fidèle.